Nous voilà parti, "la bas dans les Mont d'arrées", endroit mystique à souhait et empreint d'authenticité. Le site où je me rends est très intéressant car préservé et également mis en valeur. Il s'agit là encore d'un trésor bien caché...

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Cette allée couverte, aussi appelée" Al lia vaen" ( Inscrit sur le panneau explicatif... ) ou plutôt "Al Liac'hven" qui voudrait dire Mégalithes (Merci à Georges Bonic pour sa traduction) est longue de 14 m et est construite de  24 mastodontes blocs de granite, certainement importés, car nous nous trouvons sur un sol schisteux.

DSCF3541Nord/Sud

DSCF3543Sud/Nord

Sa largeur va de 1 m à 1 m 40.

Mougau_B_1Plan de l' archéologue, Jean L'Helgouac'h.

La sépulture a été classée aux Monuments Historiques le 14 juin 1909.

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A l'origine, l'allée devait être plus longue, peut-être entourée de menhir, et comprenait sûrement tertre et péristalites. Ce que nous pouvons admirer là est le squelette du monument d'origine.

Par comparaison avec d'autres allées couvertes connues, on pense qu'elle a été édifiée au Néolithique Final, approximativement aux alentours de - 3 000 ans av J-C. Les représentations gravées dans la pierre, de probables "poignards à soie",  nous prouvent que des échanges avec le monde méditerranéen existaient.

Cette datation en a été déduite par l'études d'autres monuments caractéristiques, tel que la magnifique Allée Couverte de Prajou-Menhir à Trébeurden (22) qui porte des gravures similaires, et est également daté de cette période. Car malheureusement, d'après les écrits de Mr CH Léger (Archéologue de la fin du XIX et du début du XX ème Siècles), des fouilles ont été effectuées au milieu du XIX ème Siècle par une équipe d'étrangers dont nous ne retrouverons aucunes traces.

De plus, Mr A. Jarno (Archéologue du début du XX ème Siècle) rapporterait lui la présence d'une magnifique pierre dressée anthropomorphe sur lequel, apparaissait "un homme tendant une lance". D'après lui, ce menhir fut débité et servit à agrandir la route...

Le monument est exposé Nord/Sud, ce qui est une originalité pour ce genre de monument.

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L'entrée de l'allée est donc située au Nord, donnant l'accès à la chambre principale ou funéraire, longue de 10 m. Mais l' hypothèse de l'existence d'un vestibule, juste avant son entrée rétrécie (Comme à Prajou-Menhir) est avancée.

Une cellule terminale appelée aussi "cella", permettant à nos Ancêtres d'y déposer des offrandes, donne sur le sud.

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 Composée de 18 orthostates de granit et de 5 dalles de couverture.

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Cette allée couverte est exceptionnelle par le nombre important de gravures qui y ont subsisté. Mais la particularité de ce monument, est que ces représentations, ordinairement présentent dans la Cella lorsque l'on parle de Prajou-Menhir à Trébeurden, ou la Maison des Feins à Tressé, se trouvent ici dans la chambre funéraires.

Nous voici encore essayant d'entrer dans la tête d'un de nos ancêtres graveurs.

Quelle émotion de pénétrer dans l'allée, et d' apercevoir ces gravures crées par nos ancêtres et marquées dans la pierre depuis 5000 ans et TOUJOURS LA!!!!

Et parlons de cette représentation dite féminine:

Les deux paires de seins, invoquant le culte de deux déesses (Mère, filles) ce qui est relativement courant dans les dolmens et allées couvertes de la même époque.

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Une petite est une plus grosse paires de seins.

Associées, elles aussi à ce que certains pense être une pointe de lance comme à Prajou-menhir. Ces "palettes"  sont cependant légèrement différente de celles que l'on peut admirer à Trébeurden. Mais L'abbé Breuille ainsi que Mr Michel Le Goffic (Archéologue connaissant très bien la région), interpréteraient ces gravures comme étant des "avirons de gouverne", comme certaines représentations  contemporaines, que l'on retrouve dans les pays Nordiques. Les Allées Couvertes seraient alors des vaisseaux amenant les défunts vers d'autres vies...

DSCF3574Palettes (lances) ou "poignard de soie".

DSCF3334Ces gravures de "pointe de lance", s'il s'agit de cela, sont nombreuses, parfois bien différentes dans la forme, et sont présentes tout le long de la chambre principale. Celles si représentent la force, la virilité et aussi le pouvoir. L'arme qui donne la force et une certaine puissance, certainement utilisée par les hommes bien nés tout en haut d'une hiérarchie mise en place depuis le début du Néolithique.

Il est possible que ces gravures ont été rajouté à la fin du Néolithique voir au début de l'Âge du bronze, lors de réutilisation du monument.

Je remarque deux techniques de gravures tel que par bouchardage, c'est à dire creuser la pierre par piquetage tout autour de la gravure créant ainsi le relief qui deviendra sculpture:

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Ou par gravure direct, c'est à dire creuser directement la pierre:

DSCF3578C'est deux techniques paraissent complémentaires.

Un vieil emblême est également mis en valeur par bouchardage, majestueusement gravée sur la dalle de chevet, séparant la Cella de la chambre principale. Présente depuis le début du Néolithique, le représentation de la Hache polie, impose l'aspect de pouvoir et de domination, telle que l'homme contraignait la nature....

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Hache polie.

 

On y trouve également quelques cupules sur les faces extérieurs des orthostates, à moins qu'il ne s'agisse des cicatrices d'essais de débitages sauvages:

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Enfin, biensûr, tout cela reste très émouvant voir poignant pour moi, simple femme, qui ne cesse de se poser des questions sur ces ancêtres qui ont durement contribué à ce que nous sommes aujourd'hui...

Le culte et le respect de la femme, si tel était le cas, n'est plus toujours à l'ordre du jour...

Et ces palettes (lances), hache.?.. Me permettrais-je de supposer que ces représentations seraient les preuves d'un changement de culte, peut-être un peu plus viril?

 

 

Finalement, je vous accorde qu'il est difficile d'imaginer nos ancêtres, qui ne connaissaient pas encore les métaux,  édifiant un tel monument qu'à la force du nombre et y laisser leurs signatures. Et pourtant en voilà la preuve...

DSCF6784Intérieur, direction Sud.

DSCF3343Intérieur, direction Nord.

L'absence de résultats ou d'écrits des fouilles ne permet, malheureusement pas, d'imaginer des pistes qui nous aiguilleraient dans la compréhension du : pourquoi ce sublime monument a t-il été construit ?

Sur nos terres nous ne retrouvons pas d'ossements, le sol étend très acide, mais en région parisienne où le sol est calcaire, et donc plus propice à la conservation des restes, certaines fouilles de ce genre de monument ont mis en valeurs plus de 300 squelettes. Ainsi il s'agissait peut-être le lieu ou la tribu entière était innumée?

Hommes/femmes et enfants sont encore protégés par les grosses pierres du dolmen, cette sépulture reste un lieu de culte.

Les efforts qui ont permis de construire un tel édifice, n'étaient pas vain, il est toujours là... Témoin de la force et du courage de nos ancêtres...

Un moment simple d'émotion dans notre belle région, avec peut-être ma relève...

 

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Sources:

  •  Magasine "L'archéologue" août- sept 2012.
  • "Mégalithes" Hervé Ronné, Jean-Yves Tinévez.
  • http://www.sdap-finistere.culture.gouv.fr/fichiers/dossiers/LalleecouverteduMougauBihanenCommana.pdf (Mr Le GOFFIC)
  • "Bâtisseurs du Néolithique" Luc Laporte et Charles-Tanguy Le Roux.
  • "Les Mégalithes, ésotérisme et réalité" Jacques Briard.