Ma petite promenade dominicale m'a amené dans les côtes-d'armor, à une vingtaine de minutes de chez moi.

J'avais entendu parler d'un site à Plussulien, non loin des allées couvertes de Liscuis de Laniscat, qui a été fouillé, dans les années 1970 par Charles Tanguy Le Roux, pour qui j'ai une grande admiration. Le site à été découvert en 1964, et fouillé de 1969 à 1976.

La promenade est très agréable, entre les bois et les champs qui, avec un oeil averti, montre bon nombre d'indices de l'occupation du terrain par nos lointains cousins du néolithique.

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Tumulus?

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Tout le long du chemin, on se laisse imaginer des tumulus, tumulis, et autres pierres qui ne sont manifestement pas arrivées là toutes seules.

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Comme pour prévenir les visiteurs "Vous êtes ici chez nous, car nous sommes toujours là..." Lieu de passage des hommes de l'état de chasseur-cueilleur à l'état d'agriculteur.

Moi qui suis plutôt habituée à des sites granitiques, je suis surprise de découvrir ce petit bout de montagne en métadolérite, appelé aussi le Roc'h pol en Sélédin-Plussilien. Lieu de création, carrière de pierre, atelier de haches polies et autres objets de leur vie quotidienne.

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Le dolérite est une pierre à la fois dense et dure mais lisse et plutôt facile à polire.

L'exploitation débuta  4200 ans av J-C et sera occupé durant 2000 ans (de quoi transformer cette petite montagne), elle était importante et sans doute l'une des plus grande d'Europe de l'époque.

Environ 6 Millions de pièces aurant été transformées au cours des 2000 ans d'exploitation.

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Les produits fabriqués étaient alors exportés dans toute la France, et même au delà, comme en Angleterre où des pièces ont été retrouvées.

Il s'agissait certainement d'une monnaie d'échange qui permettait aux Bretons de l'époque d'accéder à la richesse d'autres régions.

Le façonnage des haches ce faisait sur place, où nous retrouvons les traces de débitage et surtout de polissage des pierres.

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A droite on retrouve une cuvette de polissage, cachée sous la mousse.

Il y a sur place, des milliers de déchets, restes, qui forme un couche au sol, toujours visible. Ce sont des éclats d'ébauches, des chutes de tailles etc...

De gros blocs de dizaine de kilos étaient utilisé pour la fabrication de petits objets, ce qui représentait un travail physique de longue haleine, ainsi qu'un cohésion et organisation parfaite du groupe de travailleurs.

La confection d'un pièce, selon sa taille, prenait entre 1 jour et 4 jours, c'est dire la dextérité du groupe.

En réalité les produits qui sortaient de cette "usine", avaient de nombreuses utilités:

  • Simples haches pour couper les arbres
  • Outils de débitage du bois comme "l'herminette"
  • Outils agricoles pour les pièces plus longues
  • Armes de combats
  • et sans doutes d'autres outils dont nous ne connaissons pas encore l'utilité.

Très solides et affutables, on imagine qu'elles pouvaient être utilisées d'une génération à l'autre.

Dans les campagnes, elles servent encore à affûter les couteaux et faucilles, elles ont encore une utilité.

D'ailleurs, au cours des siècles, de nombreuses croyances existaient autour de ces objets, on dis qu'elle porterai bonheur et éloignerai le mal des maisons, c'est pour cela que les marins en emportaient sur les bateaux dans l'espoir de rentrer l'équipage au complet, sans tempêtes et sans encombres, on la posait également près de la cheminée. Les "Pierres de Foudre" ou de "Tonnerre" tombés du ciel lors des orages étaient magiques.

Ces objets, avaient une énorme importance également au néolithique car nous les retrouvons encore gravées dans les monuments funéraires. Ex: à Commana l'allée couverte de Mougau Bihan, visible sur le blog.

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Pour conclure cet article, je dirai que sur les pas de nos ancêtres et ceux de Charles Tanguy Le Roux, le sentiment d'être là où d'autres ont évolués, est toujours aussi émouvant. Les traces de cette lointaine époque sont si perceptibles, visibles et accessibles que l'on a du mal à croire qu'elle datent de 6000 ou 4000 ans.

Petite montagne usée et utilisée jusqu'à l'âge des premiers métaux, donne l'impression d'avoir été abandonnée du jour au lendemain tel-quel, et espérant être de nouveau exploitée. Le temps s'est arrêté là, même l'érosion n'a pas fait son travail de destruction, les traces sont remarquablement préservées.

Un joli site, bien indiqué et avec la promesse d'un retour aux sources sur les pas de nos ancêtres.

A très bientôt.

 

Camille

 


 

Il existe un petit musée sur les hommes du néolithique à Plussulien, malheureusement fermé le dimanche, mais j'irai y jeter un coup d'oeil dès que possible.

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Sources: - internet