Bonjour, voici un endroit où on ne sait plus où donner de la tête.

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Non nous ne sommes pas en Italie mais bien au pied des Mont d'Arrées, comme on pourrai le croire par la consonance du lieu dit. Ce nom n'a rien à voir avec la déesse Junon La Belle, il faut plutôt comprendre: Yunou Pella qui veut dire "les marais éloignés", à moins que ce soit une déformation du nom Runo Huella qui veut dire "La butte d'en haut". Bref c'est ça la Bretagne: un seul lieu, plusieurs noms...

Ce Tumulus visitable, fait partie d'un ensemble de 5 Tumulus datant de la fin du Néolithique, début de l'âge du Bronze répartis sur plusieurs parcelles autour du village de Coscastel. En voici deux exemples qui ce trouvent tout près de la sépulture dont je vais parler:

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A Berrien, 53 Tumulus sont référencés, c'est pour cela que Jacques Briard (Archéologue) appelait cette terre: " terre de Tumulus". Je pense que la sauvegarde des sépultures est du au fait que le remembrement n'est pas vraiment passé par là et bien sûr aussi au fait qu'il est assez difficile d'arraser des tumulus de parfois quelques 2 mètres de hauteur et parfois une vingtaines de large, qu'il est beaucoup plus simple de contourner.

Le Tumulus dont je vais parler a tout d'abord été fouillé en 1895 par Mr Paul Du Chatellier.

Il en a extrait quelques Microlithes de silex (et moi aussi à l'entrée d'un terrier de renard, l'endroit en est truffé) et des fragments de poteries, apparemment un vase à une anse, certainement de type campaniforme.

Ses fouilles n'ont pas vraiment été très fructueuses sur ce Tumulus. Il raconte, que lorsque un des fouilleurs est parvenu à rentrer dans la tombe, du côté Est, la chambre paraissait hermétique. "Un squelette était couché sur le côté gauche, les jambes repliées, les bras le long du corps, la tête près de la paroi Est-Sud-Est", celle-ci fermait la tombe après l'introduction du corps. A gauche de la tête du squelette se trouvait la poterie (vase à une anse) assez grossière, faite à la main. Il ne récupéra que quelques fragments du squelette très abîmé ( morceaux de crane, os longs, quelques côtes et vertèbres).

 

Mr Jacques Briard a également fouillé entre 1968 et 1969 la sépulture pour en étudier la construction.

Une tranché traversant de part en part le Tumulus est encore visible.

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Après une étude approfondie, il en conclut qu'il s'agit d'une sépulture de style caveau classique qu'il date au radiocarbone érigé entre -2100 et -1950 av J-C. Le caveau est construit et creusé au sous -sol sur un brûlis de la fin du Néolithique, ou un immense incendie, les avis divergent.

Voici l'ouverture sur la tombe:

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Il est donc paré de petits moellons de granite (maçonnée de pierres sèches) et recouvert de gros blocs de granite, dont une longue de 2m85, large de 2m15 et épaisse de 0m75, il pèse environ 6 tonnes.

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La chambre mesure 2 m 30 de large sur 1 m 65 de hauteur sous table et 2 m 33 de longueur. Il s'agit d'une tombe de taille moyenne. "Le fond était sur le tuf".

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On retrouve sur le talus, une de ces dalles qui recouvrait le tombeau et déplacé lors de la construction du Talus, ce qui à permis la découverte de la sépulture.

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Les archéologues ont vite compris qu'il s'agissait là d'une tombe d'une personne qui n'était pas placé très haut dans la hiérarchie. Un homme simple.

La population des Monts d'Arrées était alors majoritairement des agriculteurs plutôt éleveurs.

S'agissait-il d'une jeune génération née sur les côtes à la recherche de nouvelles terres?

Ou étaient-ils attirés, avec l'apparition des métaux, par les mines riches en minerais de toute sorte, à Poullaouën et Locmaria-Berrien?

Je pense que les deux solutions sont les bonnes, mais cela n'engage que moi.

Non, un grand guerrier ne repose pas ici. mais cette personne est toujours là, et l'effort de construction d'un tel monument est récompensé par le fait qu'en 2014 on parle encore de lui, reposant là où il a vécu et peut-être grandis.

Ce qui fait de lui une personne extraordinaire.

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Ce que j'ai ressentie en me faufilant dans le tumulus: tout d'abord de la peur ( c'est quand même la place d'un mort ! ), peur d'être engloutie par le tertre.

Mais j'ai vite réalisé qu'il ne s'agit pas seulement de la dernière maison d'un mort, mais aussi la maison d'un renard qui y a installé un petit nid douillet. Peut-être qu'un jour de printemps des petits renardeaux grandiront dans ce lieu dédier à la mort, qui alors deviendra un lieu de vie.

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La nature me surprendra toujours. Cela me conforte dans l'idée qu'un jour ou l'autre chacun d'entre nous retournera aux sources, sources de la vie.

 A très bientôt.

Sources:

  • "Glad" Le portail des patrimoines de Bretagne.
  • "Bulletin de la société Préhistorique Française" Compte rendu des séances mensuelles, Nov N°8 année 1972 (J. Briard, J. Bourhis, Y. Onnée).
  • Persée, "Les Tumulus de l'Age du Bronze de Plouvorn-Plouzévédé" J. Briard.
  • Gallia Préhistoire 55, "une tombe aux connexions atlantique entre campaniforme et Ages du Bronze ancien.
  • Wikipédia.
  • "Artisanats spécialisées et inégalités sociale à l'aube de la métallurgie. Les pointes de flèches de types Armoricains dans le Nord Finistère".
  • "La protohistoire de Bretagne et d'Armorique" Jacques Briard, éditions Les Universels Gisserot.