Je vous promet pour ce monument, connu dans le monde entier, un article rempli de croyances, de questionnements et de mystères...

Tout d'abord d'après le Chevalier de Fréminville, le lieu serai un endroit de deuil d'une sépulture d'un chef important. Aujourd'hui le nom de Kerloas, serait plutôt traduit par "Loas" ou "Gloas", qui serait tout simplement le patronyme d'une personne ayant vécu dans la ferme voisine.

Il n'est absolument pas difficile de trouver cette fantastique pierre dressée, qui du haut de ses 9 m 50 (mesurée le 30 mai 1995), domine cette région relativement plate du Finistère Nord. Cependant, cette pierre fut importée de plusieurs kilomètres et dressée sur une petite crête de 132 m d'altitude, s'agissait-il d'un endroit stratégique? J'aborderais dans la suite de l'article quelques hypothèses.

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Le site est un point culminant du Bas-Léon, mais pas non plus le plus haut. Nous ne retrouvons jamais de menhir sur les points culminants d'aucune région, et pourquoi donc?

Il s'agit du plus haut menhir, encore debout, d'Europe, et peut-être du monde. Il a été classé Monument Historique le 25 septembre 1883.

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Auparavant le menhir atteignait 12 m de hauteur, juste avant que la foudre l'étête. Les 2 blocs alors tombés au sol, servirent à la réalisation d'une auge par un paysan du coin, l'autre morceau orne aujourd'hui un jardin voisin.

Il faut ajouter que 30 cm de terre fut rajoutée au pied du monument car le piétinement, et certainement les fouilles avaient fait apparaître les pierres de calage.

Le granite utilisé pour ce monument est le même que celui utilisé pour les deux Menhirs de Kergadiou, à Plourin(29) qui sont des voisins proches. Il s'agit du granite de l'Aber-Ildut, réputé pour sa couleur rosée, et sa résistance à l'atération du temps.

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La régularité de la pierre est impressionnant et réalisé par bouchardage, ce qui donne un indice sur l'époque d'érection de ce monument, qui serait donc la toute fin du Néolthique. Cependant en 1961, des fouilles mirent en évidence des tessons datant de l'Âge du Bronze entre les pierres de calage du menhirs, ce qui entraîna l'hypothèse que son érection daterait de cette période, et que le monument aurait un rapport avec le gisement très important de cassitérite (minerai d'étain associé au cuivre deviens le bronze) à St Renan. La pierre dressée serait alors un repère montrant le chemin de la mine aux voyageurs.

Il est aussi envisageable, que la pierre levée ai été mise à terre lors d'un changement hiérarchique ou de croyance au sein du clan, et qu'elle ai été redressée à cette époque.

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Depuis le XIX ème siècle, plusieurs campagnes de fouilles ont été effectuées. Des traces de cendres,de charbon de bois et des foyers ont été découverts. S'agissaient-ils de feux rituels pour une cérémonie commémorant l'érection du monument?

On y a également découvert, des haches polies, des nucléus de silex et des tessons... Mais je ne sais pas où sont exposés les découvertes.

Le monument est visible de 30 km à la ronde, selon où l'on se trouve. Les navigateurs, s'en servaient-ils de repère?

 L'utilité du monument pose bien sûr question, comme à chaque fois. L'hypothèse que ce monument, associé à un complexe, peut être de bois et d'autres menhirs plus petits, aujourd'hui disparu, aurait servi de visé astrologique est mise en avant. On a d'ailleurs découvert bon nombre de trous de poteaux, chaussées, foyers et fosses tout autour du menhir.... Ce qui assure dans tous les cas qu'il existait une grande activité autour du monument, peut-être un lieu de vie et de cérémonie.

L'édification d'un tel monument, marquait-il la commémoration d'un grand évènement, tel que l'arriver d'un nouvel individu au pouvoir, ou d'une nouvelle croyance religieuse?

S'agissait-il, sinon, d'une idole primitive, avec un symbole religieux, tel un lieu de culte? Peut-on imaginer cette grande stèle peinte de symboles, de pigments aujourd'hui dissout par le temps?

Et puis pourquoi faut-il absolument y trouver qu'une seule signification ? Je pense pour ma part que l'énergie utilisé pour édifier de tel monument, devait être valorisé par de multiples croyances et utilités.

Le terme de  "Totem" de pierre, utilisé pas Michel Le Goffic me séduit, car il valorise et identifie bien l'utilité première de ce genre de monument: incarner ou symboliser un groupe de personne, un clan, une tribu, avec ses croyances et ses connaissances.

Je terminerai pour ma part sur les drôles de "protubérances", présentent de chaque côté du menhir, à environ 1 m du sol. Certains archéologues ont mentionné la possibilité que cela avait servi à la manutention de la pierre. Pour ma part, je n'ai jamais vu cela sur aucun autre menhir..

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Le symbole phallique est quand même la première idée apparaissant, et ce dans n'importe quel esprit. Et pourquoi pas la représentation d'un symbole viril et bien masculin, marquant un patriarcat bien encré dans cette civilisation de la fin du Néolithique. L'homme se sent fort et la représentation de sa virilité symboliserait peut-être le pouvoir de domination...

Une constellation de cupules est aussi visible sur la partie Ouest de la pierre.

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Quelle en est la signification? S'il y en a une. Ces symbole permettaient-ils de rapprocher les hommes du ciel de la nuit, peut-être alors considéré comme l'au-delà? Ceci n'est que le fruit de mon imagination, et rien, malheureusement, ne nous permet d'être éclairé sur ce mystère.

 

Ainsi, ce monument et les questions sans réponses qu'il pose, entrainerons au fil du temps quelques croyances et rites, venus jusqu'à nous.

Et c'est en 1832 que rapporte le Chevalier de Fréminville:

"...il (le menhir) présente une particularité que nous n'avons jamais observée sur d'autres : sur deux de ses faces opposées, on voit à la hauteur de trois pieds environ une bosse ronde taillée de main d'homme et ayant à peu près un pied de diamètre. Objets de superstitions dont le but et l'origine se perdent dans la nuit des temps, ces bosses reçoivent encore une sorte de culte bizarre de la part des paysans des environs. Les nouveaux mariés se rendent dévotement au pied de ce Men-hir, et après s'être en partie dépouillés de leurs vêtements, la femme d'un côté, l'époux de l'autre se frottent le ventre nu contre une de ses bosses. L'homme prétend par cette cérémonie ridicule, obtenir des enfants mâles plutôt que des filles, et la femme prétend que par là elle aura l'avantage d'être la maîtresse absolue du logis et de gouverner entièrement son mari."

Mr Sébillot, lui racconte que les jeunes mariés embrassaient le menhir et ne s'y frottaient pas le ventre, mais les résultats étaient les mêmes.

En 1911 Mr Guénin parle de cette pierre, comme d'un menhir au pouvoir de guérison, il suffisait de frotter la partie du corps malade sur l'une des boules et le mal s'en irait. Ce même Monsieur, rapporte une croyance comme quoi la stèle aurait été apportée par un bonne femme dans son tablier, ce qui se rapproche de l'histoire des deux pierres levées de Plourin, qui se trouvent non loin de là.

La légende du trésor se trouvant au pied du menhir, visible uniquement le soir de Noël avant minuit, lorsque l'immense pierre part s'abreuver à la mer est aussi connu. Attention donc de ne pas se faire écrabouiller.

Gargantua en serait aussi peut-être l'édificateur, ainsi que tous les blocs de granite gênants la pousse des champs sur la commune de Plouarzel. Il se vengeait ainsi des habitants de la paroisse qui ne lui avaient donné que de la bouillie à manger. On dit qu'il ne laissa aucune pierre sur Plouzané où il fut bien accueilli... 

 

Que d'imagination! En espérant que nous continuerons à faire travailler celles de nos enfants, afin de ne jamais perdre une chose indispensable à notre vie: le rêve !

 

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Sources:

  • http://www.wiki-brest.net/index.php/Menhir_de_Kerloas Michel Le Goffic.